 |
|
PROJET DE CHARTE POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION NATIONALE
 |
 |
PREAMBULE
L’histoire de l’Algérie est une suite de luttes livrées par
son peuple pour défendre sa liberté et sa dignité. Cet
héritage, constitué au fil du temps, a fait de l’Algérie une
terre de respect des valeurs de tolérance, de paix, de
dialogue et de civilisation.
Le Peuple Algérien puisant sa force dans son unité et
s’appuyant sur ses valeurs spirituelles et morales
séculaires, a su triompher des épreuves les plus
douloureuses pour écrire de nouvelles pages glorieuses de
son histoire.
Refusant de se soumettre à l’oppression, il a su, avec
patience et détermination, organiser sa résistance, malgré
les terribles tentatives de déculturation et d’extermination
dont il a été victime, durant plus d’un siècle d’occupation
coloniale.
La Glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954 est venue,
telle une lumière dans une nuit de ténèbres, cristalliser
les aspirations du Peuple algérien et le guider dans la voie
du combat pour la reconquête de son indépendance et de sa
liberté.
Ce combat historique a été suivi par d’autres batailles, non
moins importantes, pour la reconstruction de l’Etat et le
développement de la Nation.
Depuis plus d’une décennie, l’évolution de l’Algérie a été
déviée de son cours naturel par une agression criminelle
sans précédent, visant dans ses sinistres desseins à effacer
les acquis du Peuple engrangés au prix d’incommensurables
sacrifices, mais ce qui est plus grave encore, à remettre en
cause l’Etat National lui-même.
Dans sa très grande majorité, le Peuple algérien a très vite
compris qu’une telle agression portait atteinte à sa nature,
à son histoire et à sa culture. C’est donc naturellement
qu’il s’est mis progressivement à lui résister, puis à la
combattre pour enfin en triompher.
Le Peuple algérien a vécu dans sa chair et dans son âme les
affres de cette grande fitna, qui s’est abattue sur
l’Algérie.
Pour les citoyennes et les citoyens, pour les familles
algériennes, il est vital de transcender définitivement
cette tragédie qui ne réside pas dans des débats théoriques,
abstraits ou idéologiques, donnant lieu à des échanges de
vues entre acteurs ou organisations, agissant à l’intérieur
ou hors du territoire national.
Cette question vitale concerne la sécurité des biens et
celle des personnes et même leur honneur, c’est-à-dire tout
ce que l’Islam sacralise et que la Loi protège et garantit.
L’Algérie a survécu à cette dramatique épreuve grâce à la
résistance farouche de son peuple et à son abnégation, qui
lui ont coûté un terrible et lourd tribut de sang consenti
pour la survie de la Patrie.
L’Algérie a survécu grâce au patriotisme et aux sacrifices
des unités de l’Armée Nationale Populaire, des Forces de
Sécurité et de l’ensemble des patriotes qui ont su
patiemment et avec détermination organiser la résistance de
la Nation, face à cette agression criminelle inhumaine.
Le Peuple algérien honore et honorera à jamais la mémoire de
tous ceux qui ont consenti le sacrifice suprême pour que
vive la République Algérienne Démocratique et Populaire.
Il demeurera aux côtés des familles des martyrs du devoir
national et des familles des victimes du terrorisme, parce
que leurs sacrifices sont dignes des valeurs de la société
algérienne.
L’Etat n’épargnera aucun effort, moral et matériel, pour que
ces familles et leurs ayants droits continuent de faire
l’objet de sa considération, de son hommage et d’un soutien
à la mesure des sacrifices consentis.
Le Peuple algérien est et restera indivisible. C’est le
terrorisme qui a ciblé les biens et les personnes, qui a
fait perdre au pays une partie inestimable de ses richesses
humaines et matérielles et qui a terni son image sur le plan
international.
Cette tourmente a instrumentalisé la Religion ainsi qu’un
certain nombre d’Algériens à des fins anti-nationales.
L’Islam, composante fondamentale de l’identité nationale, a
été, à travers l’histoire et contrairement aux thèses
soutenues par les commanditaires de cette odieuse
mystification, un ciment fédérateur et une source de
lumière, de paix, de liberté et de tolérance.
Ce terrorisme barbare qui a endeuillé le Peuple algérien
durant une décennie, est en contradiction avec les
authentiques valeurs de l’Islam et les traditions musulmanes
de paix, de tolérance et de solidarité.
Ce terrorisme a été vaincu par le Peuple algérien qui entend
aujourd’hui transcender la fitna et ses terribles
conséquences, et retrouver définitivement la paix et la
sécurité.
Le terrorisme a été -par la grâce d’Allah le Tout-Puissant
et le Miséricordieux- combattu puis maîtrisé sur l’ensemble
du territoire national qui a enregistré un retour de la paix
et de la sécurité.
Les Algériennes et les Algériens sont profondément
convaincus que, sans le retour de la paix et de la sécurité,
nulle démarche de développement politique, économique et
social, ne peut donner les fruits qu’ils en attendent. Pour
avoir, momentanément, été privés de cette paix et de cette
sécurité, ils en apprécient l’importance, en toute
conscience, non seulement pour chacun d’entre eux, mais
aussi pour l’ensemble de la Nation.
Pour leur consolidation définitive, la paix et la sécurité
exigent aujourd’hui la mise en œuvre d’une démarche nouvelle
visant à concrétiser la réconciliation nationale, car c’est
seulement par la réconciliation nationale que seront
cicatrisées les plaies générées par la tragédie nationale.
La réconciliation nationale est une attente réelle du Peuple
algérien. C’est une attente d’autant plus pressante que
l’Algérie est interpellée par les multiples défis du
développement auxquels elle est confrontée.
Le Peuple algérien sait avec certitude que la réconciliation
nationale est porteuse d’espoir et qu’elle est de nature à
consolider les atouts de l’Algérie démocratique et
républicaine, au grand bénéfice de tous les citoyens.
Il le sait avec certitude depuis qu’il a adhéré,
massivement, à la politique de concorde civile sur laquelle
il s’est déjà souverainement prononcé.
La politique de concorde civile -tout comme la politique de
la Rahma qui l’a précédée- a permis de briser l’entreprise
diabolique, visant à faire imploser la Nation. Elle a
également permis d’épargner des milliers de vies humaines et
de faire retrouver à l’Algérie sa stabilité politique,
économique, sociale et institutionnelle.
La politique de paix et de réconciliation parachèvera les
efforts consentis par toutes les composantes du Peuple
algérien pour que vive l’Algérie.
Le Peuple algérien est appelé aujourd’hui à se prononcer sur
les dispositions de la présente Charte pour la Paix et la
Réconciliation Nationale.
Par son approbation, le Peuple algérien appuie
solennellement les mesures nécessaires à la consolidation de
la paix et de la réconciliation nationale.
Par cette approbation, il affirme sa détermination à
capitaliser les enseignements tirés de cette tragédie, afin
de consolider le socle sur lequel sera édifiée l’Algérie de
demain.
Le Peuple algérien respectueux de l’Etat de droit et des
engagements internationaux de l’Algérie, approuve les
mesures suivantes visant à consolider la paix et à rétablir
la réconciliation nationale, en réponse aux multiples appels
des familles algériennes éprouvées par cette tragédie
nationale.
I. RECONNAISSANCE DU PEUPLE ALGERIEN ENVERS LES ARTISANS DE
LA SAUVEGARDE DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET
POPULAIRE
Le Peuple algérien tient à rendre un vibrant hommage à
l’Armée Nationale Populaire, aux Services de Sécurité ainsi
qu’à tous les patriotes et citoyens anonymes qui les ont
aidés, pour leur engagement patriotique et leurs sacrifices,
qui ont permis de sauver l’Algérie et de préserver les
acquis et les institutions de la République.
En adoptant souverainement cette Charte, le Peuple algérien
affirme que nul en Algérie ou à l’étranger, n’est habilité à
utiliser ou à instrumentaliser les blessures de la tragédie
nationale, pour porter atteinte aux institutions de la
République Algérienne Démocratique et Populaire, fragiliser
l’Etat, nuire à l’honorabilité de tous ses agents qui l’ont
dignement servi, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan
international.
II. MESURES DESTINEES A CONSOLIDER LA PAIX
Premièrement : Extinction des poursuites judiciaires à
l’encontre des individus qui se sont rendus aux autorités
depuis le 13 Janvier 2000, date de forclusion des effets de
la Loi portant Concorde Civile ;
Deuxièmement : Extinction des poursuites à l’encontre de
tous les individus qui mettent fin à leur activité armée et
remettent les armes en leur possession. Cette extinction des
poursuites ne s’applique pas aux individus impliqués dans
les massacres collectifs, les viols et les attentats à
l’explosif dans les lieux publics ;
Troisièmement : Extinction des poursuites judiciaires à
l’encontre des individus recherchés sur le territoire
national ou à l’étranger, qui décident de se présenter
volontairement devant les instances algériennes compétentes.
Cette extinction des poursuites ne s’étend pas aux individus
impliqués dans les massacres collectifs, les viols et les
attentats à l’explosif dans les lieux publics ;
Quatrièmement : Extinction des poursuites judiciaires à
l’encontre de tous les individus impliqués dans des réseaux
de soutien au terrorisme, qui décident de déclarer, aux
autorités algériennes compétentes, leurs activités ;
Cinquièmement : Extinction des poursuites judiciaires pour
les individus condamnés par contumace, autres que ceux
impliqués dans les massacres collectifs, les viols et les
attentats à l’explosif dans les lieux publics ;
Sixièmement : Grâce pour les individus condamnés et détenus
pour des activités de soutien au terrorisme ;
Septièmement : Grâce pour les individus condamnés et détenus
pour des actes de violence, autres que les massacres
collectifs, les viols et les attentats à l’explosif dans les
lieux publics ;
Huitièmement : Commutation et remise de peines pour tous les
autres individus condamnés définitivement ou recherchés qui
ne sont pas concernés par les mesures d’extinction de
poursuites ou de grâce énoncées ci-dessus.
III. MESURES DESTINEES A CONSOLIDER LA RECONCILIATION
NATIONALE
En vue de consolider la réconciliation nationale, le Peuple
algérien est favorable à la prise de mesures destinées à
renforcer son unité, à éliminer les germes de la haine et à
se prémunir de nouvelles dérives.
Premièrement : Le Peuple algérien souverain adhère à la mise
en œuvre de dispositions concrètes destinées à lever
définitivement les contraintes que continuent de rencontrer
les personnes qui ont choisi d’adhérer à la politique de
concorde civile, plaçant ainsi leur devoir patriotique
au-dessus de toute autre considération.
Ces citoyens ont agi et continuent d’agir de manière
responsable pour la consolidation de la paix et la
réconciliation nationale, refusant toute instrumentalisation
de la crise vécue par l’Algérie par les milieux hostiles de
l’intérieur et leurs relais à l’extérieur.
Deuxièmement : Le Peuple algérien souverain soutient
également, au profit des citoyens ayant, suite aux actes
qu’ils ont commis, fait l’objet de mesures administratives
de licenciement décrétées par l’Etat, dans le cadre des
missions qui lui sont imparties, les mesures nécessaires
pour leur permettre ainsi qu’à leurs familles de normaliser
définitivement leur situation sociale.
Troisièmement : Tout en étant disposé à la mansuétude, le
Peuple algérien ne peut oublier les tragiques conséquences
de l’odieuse instrumentalisation des préceptes de l’Islam,
religion de l’Etat.
Il affirme son droit de se protéger de toute répétition de
telles dérives et décide, souverainement, d’interdire aux
responsables de cette instrumentalisation de la Religion,
toute possibilité d’exercice d’une activité politique et ce,
sous quelque couverture que ce soit.
Le Peuple algérien souverain décide également que le droit à
l’exercice d’une activité politique ne saurait être reconnu
à quiconque ayant participé à des actions terroristes et qui
refuse toujours, et malgré les effroyables dégâts humains et
matériels commis par le terrorisme et l’instrumentalisation
de la Religion à des fins criminelles, de reconnaître sa
responsabilité dans la conception et dans la mise en œuvre
d’une politique prônant le pseudo « djihad » contre la
Nation et les institutions de la République.
IV. MESURES D’APPUI DE LA POLITIQUE DE PRISE EN CHARGE DU
DRAMATIQUE DOSSIER DES DISPARUS
Le Peuple algérien rappelle que le dossier des disparus
retient l’attention de l’Etat depuis une décennie déjà et
fait l’objet d’une attention particulière en vue de son
traitement approprié.
Il rappelle également que le drame des personnes disparues
est l’une des conséquences du fléau du terrorisme qui s’est
abattu sur l’Algérie.
Il affirme aussi que dans de nombreux cas, ces disparitions
sont une conséquence de l’activité criminelle de terroristes
sanguinaires qui se sont arrogés le droit de vie ou de mort
sur toute personne, qu’elle soit algérienne ou étrangère.
Le Peuple algérien souverain rejette toute allégation visant
à faire endosser par l’Etat la responsabilité d’un phénomène
délibéré de disparition. Il considère que les actes
répréhensibles d’agents de l’Etat, qui ont été sanctionnés
par la Justice chaque fois qu’ils ont été établis, ne
sauraient servir de prétexte pour jeter le discrédit sur
l’ensemble des forces de l’ordre qui ont accompli leur
devoir, avec l’appui des citoyens, et au service de la
Patrie.
C’est dans cet esprit que le Peuple algérien décide des
dispositions suivantes destinées à favoriser le règlement
définitif du dossier des disparus :
Premièrement : L’Etat prend en charge le sort de toutes les
personnes disparues dans le contexte de la tragédie
nationale et il prendra les mesures nécessaires en
connaissance de cause ;
Deuxièmement : l’Etat prendra toutes mesures appropriées
pour permettre aux ayants droits des personnes disparues de
transcender cette terrible épreuve dans la dignité ;
Troisièmement : Les personnes disparues sont considérées
comme victimes de la tragédie nationale, et leurs ayants
droits ont droit à réparation.
V. MESURES DESTINEES A RENFORCER LA COHESION NATIONALE
Premièrement : Le Peuple algérien tient compte du fait que
la tragédie nationale a affecté toute la Nation, entravé la
construction nationale, et porté atteinte directement ou
indirectement à la vie de millions de citoyens.
Deuxièmement : Le Peuple algérien considère que fait partie
du devoir national la prévention de tout sentiment
d’exclusion chez des citoyens non responsables du choix
malheureux fait par un de leurs proches. Il considère que
l’intérêt de l’Algérie exige d’éliminer définitivement tous
les facteurs d’exclusion qui pourraient être exploités par
les ennemis de la Nation.
Troisièmement : Le Peuple algérien considère que la
Réconciliation Nationale doit prendre en charge le drame des
familles dont des membres ont pris part à l’action
terroriste.
Quatrièmement : Le Peuple algérien décide que l’Etat prendra
des mesures de solidarité nationale au bénéfice de ces
familles qui sont démunies et qui ont été éprouvées par le
terrorisme à travers l’implication de leurs proches.
|
|